À la pointe de la presqu’île de Luang Prabang, là où la Nam Khane rejoint le Mékong, se cache le plus vaste et le plus beau monastère de la ville : le Vat Xieng Thong, le « monastère de la ville dorée ». Fondation royale de 1560, épargné par tous les malheurs de l’histoire, c’est le chef-d’œuvre absolu de l’art lao — et le monument que nos guides préfèrent faire découvrir en fin d’après-midi, quand la lumière dorée embrase ses mosaïques. Visite guidée.

Le monastère de la porte de la ville

Le Vat Xieng Thong fut élevé en 1560 par le roi Setthathirat — celui-là même qui transféra la capitale à Vientiane en emportant le Phra Bang. La tradition veut qu’il commémore la mémoire de Thao Chanthaphanith, un marchand que la légende dit élu roi de Luang Prabang bien avant l’arrivée de Fa Ngoum. Monastère de la « porte de la ville », il possédait l’embarcadère d’honneur : c’est par ses jardins, au bord du Mékong, que souverains et hôtes de marque abordaient jadis la capitale royale.

Sa bonne étoile ne s’est jamais démentie : lors du sac de Luang Prabang par les Pavillons Noirs en 1887, le monastère fut épargné — le chef des pillards, Deo Van Tri, y avait été novice dans sa jeunesse. Restauré une première fois en 1928, il a retrouvé tout son éclat lors de la grande campagne de décoration entreprise à partir de 1960.

Le sanctuaire du Vat Xieng Thong à Luang Prabang
Le sanctuaire du Vat Xieng Thong : toiture à pans superposés dans le pur style de Luang Prabang et mosaïques de verre coloré.

Le sanctuaire : le plus pur style de Luang Prabang

Le vihan principal est l’archétype du style de Luang Prabang : une toiture majestueuse à plans superposés qui descend presque jusqu’au sol, une façade dorée sur fond rouge, des piliers noirs ornés de motifs dorés au pochoir. Au sommet du toit, cherchez le dok so fa, le « bouquet de fleurs du Ciel » : un délicat motif à dix-sept pointes.

Mais le trésor le plus photographié se trouve à l’arrière : sur un fond rouge vif, une immense mosaïque de verres colorés incrustés figure l’Arbre de la Bodhi, l’Arbre de Vie sous lequel le Bouddha atteignit l’Éveil. Cette technique de mosaïque est laotienne et très ancienne — on la trouvait déjà au XVIe siècle sur les portes du That Ing Hang, près de Savannakhet. À l’intérieur comme sur les bas-côtés, les fresques dorées racontent les légendes de Thao Chanthaphanith, de Sisouthone et de Souttasom.

La Chapelle Rouge et son Bouddha voyageur

Mosaïques de la Chapelle Rouge du Vat Xieng Thong
Les mosaïques de verre coloré de la Chapelle Rouge racontent le conte de Sieo Savath et la vie quotidienne lao.

Derrière le sanctuaire, la « Chapelle Rouge » abrite l’une des très rares images laotiennes en bronze du Bouddha couché atteignant le nirvana. Fondue en 1569 sur ordre du roi Setthathirat, cette pièce de près de deux mètres a eu une vie d’aventurière : partie en 1931 pour l’Exposition coloniale de Paris, elle resta ensuite à Vientiane et ne regagna Luang Prabang qu’en 1952 !

L’extérieur de la chapelle a reçu en 1957, pour le 2500e anniversaire du Bouddha, un habit de mosaïques exceptionnel : sur fond rouge, des centaines de petits personnages de verre racontent l’histoire de Sieo Savath, un conte du XVIIe siècle dont le héros, sage parmi les sages, rendait des jugements dignes de Salomon. Scènes de pêche, de chasse, de village : c’est toute la vie quotidienne lao d’autrefois qui scintille sur ces quatre murs.

La chapelle du char funéraire royal

À droite de l’entrée est, un édifice entièrement doré, bâti à partir de 1962 dans le style de Xieng Khouang, conserve le char funéraire du roi Sisavang Vong et son urne à douze faces. Les immenses panneaux de bois sculpté et doré qui l’habillent déroulent les grands épisodes du Ramayana — cherchez la Biche d’Or, le jugement de Sita par le feu, et l’étonnant combat du vautour Satayout contre Ravana aux cent bras, chacun armé différemment.

Les autres trésors du clos monastique

  • La chapelle du Bouddha debout : ancienne bibliothèque au curieux toit « en as de pique », elle abrite un bouddha de bronze dans l’attitude Ham Nhat (« calmant la querelle familiale »), cadeau du roi de Thaïlande.
  • L’abri du tambour (ho kong), au fond du jardin : une construction d’une perfection rare, qui protège un grand tambour monoxyle creusé dans un tronc d’un mètre de diamètre.
  • Le pilier des éléphants, à gauche de la porte est — le dernier des trois que comptait la ville.

Vat Xieng Thong et le Nouvel An lao

Le monastère est l’un des hauts lieux de Boun Pi Mai, le Nouvel An lao : le deuxième jour de la fête, une grande procession y conduit les supérieurs des monastères de la ville pour l’arrosage rituel des bouddhas, au son de la danse sacrée des Pou Nheu Nha Nheu, les ancêtres masqués à crinière rouge. Au pied du vat, les familles traversent en pirogue vers le banc de sable pour y bâtir de petits stupas de sable couronnés de banderoles — autant de grains de sable, autant de bénédictions pour l’année.

Conseils de visite

  • Horaire idéal : fin d’après-midi, quand le soleil rasant fait flamboyer les mosaïques de la façade arrière et de la Chapelle Rouge.
  • Tenue : épaules et genoux couverts, comme dans tous les vats.
  • Combinez : le monastère se situe à l’extrémité de la presqu’île, au terme idéal d’une flânerie le long de la grand-rue — notre guide des temples de Luang Prabang vous donne l’itinéraire complet, et notre article sur l’histoire de Luang Prabang le contexte.

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Prolongez la découverte : juste en face du monastère, de l’autre côté du fleuve, la rive droite du Mékong et ses monastères secrets vous attendent.