Dans les eaux tumultueuses du fleuve Nam Park, à la frontière entre les provinces de Phongsaly et d’Oudomxay, un pêcheur du village de Ban Hadnang jette ses filets un matin du 14ème siècle. Son filet accroche quelque chose au fond du tourbillon de Vang Hom. Il plonge. Et là, posé sur une dalle de roche comme sur un trône, un Bouddha de bronze rayonne d’un halo doré dans les profondeurs obscures de la rivière. C’est ainsi que commence l’histoire extraordinaire du Pha Singkham — le « Bouddha d’or » — qui veille depuis lors sur Muang La et sur toute la région d’Oudomxay.

Une statue née au Sri Lanka il y a 2 400 ans

L’histoire du Pha Singkham remonte à plus de deux millénaires. Selon les textes anciens gravés sur des feuilles de palme et conservés à la bibliothèque de Vientiane, la statue fut coulée dans le sous-continent de Lanka — l’actuel Sri Lanka — environ cent ans après la mort du Bouddha historique.

La légende raconte qu’un groupe de moines, désireux de contempler le visage du Maître qu’ils n’avaient jamais pu voir, reçut un jour la visite d’un jeune homme mystérieux — le Roi des Naga transformé en humain. Celui-ci leur promit que s’ils préparaient un lieu sacré, l’image du Bouddha y apparaîtrait au septième jour. La promesse fut tenue : une statue lumineuse de 144 cm de haut apparut, émettant un halo aveuglant. Les moines décidèrent de la reproduire en bronze, en alliage de trois métaux précieux : le Thonglad, le Thongke et le bronze.

La statue reçut trois noms au fil du temps : Phra Sihing, Sihingabuddho, et enfin Singkham, « l’or fin ». Elle pèse environ 200 kg, mesure 144 cm de haut, 54 cm de large à la poitrine et 76 cm au niveau du lap. Son pouce droit, resté détaché lors de la fonte originelle, ne fut réparé que bien plus tard — conformément à la prophétie d’un ancien moine.

Un voyage de 2 000 ans à travers l’Asie du Sud-Est

Pendant des siècles, le Pha Singkham voyagea de royaume en royaume. Il séjourna successivement au Cambodge, à Ayutthaya (l’ancienne capitale de Thaïlande), à Kamphaengphet et à Chiang Rai, où 14 générations de souverains se disputèrent sa présence. En l’an 868 du calendrier bouddhiste, il arriva enfin au royaume de Lane Xang, le Laos d’aujourd’hui.

C’est le roi Fa Ngum, au 14ème siècle, qui donna au Pha Singkham son destin laotien. Après avoir unifié le royaume lao, Fa Ngum entreprit de placer cinq Bouddhas sacrés aux quatre coins du pays pour en marquer les frontières spirituelles. Le Pha Singkham fut confié au commandant de l’armée de gauche, avec pour mission de le conduire jusqu’à Xieng Houng, dans le Sipsong Phanna. Le convoi remonta le fleuve Nam Park en pirogue.

La découverte dans le tourbillon de Nam Park

Mais le destin en décida autrement. À la hauteur du tourbillon de Hom — Vang Hom — des ennemis attaquèrent le convoi. Dans la bataille et la confusion, la pirogue coula. Le Pha Singkham disparut dans les profondeurs du fleuve Nam Park, à la frontière entre Muang Khoua (Phongsaly) et Muang La (Oudomxay).

Des décennies plus tard, un pêcheur du village de Ban Hadnang, nommé Sene Souak, prit ses filets et les jeta dans ce même tourbillon de Hom. Le filet s’accrocha. Il plongea et découvrit la statue, assise sur une dalle de roche, intacte, comme gardée par le Roi des Naga. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans toutes les vallées du Nam Park et du Nam Ou.

Des villageois de toute la région tentèrent de remonter la statue. En vain. On essaya avec des cordes tressées par chaque foyer — cent brassées chacun. Rien. C’est finalement sept familles Khmu du village de Ban Lanh, au pied du mont Phou Lingkoy, qui réussirent là où tous avaient échoué. Ils tressèrent une corde rituelle de cent brassées, faite de trois éléments : de l’herbe verte, des tiges de riz noir et du fil de veuve noir et rouge. En récitant des prières en langue Lao Theung, ils plongèrent, lièrent la statue et tirèrent. Elle remonta à la surface.

Le miracle de la barque et l’arrivée à Muang La

Une nouvelle dispute éclata alors entre Muang Khoua au sud et Muang La au nord : qui aurait le droit de garder le Pha Singkham ? Les deux communautés décidèrent de s’en remettre à la volonté du Bouddha lui-même. On plaça la statue dans une barque au milieu du tourbillon, et on pria : si elle dérivait vers le sud, elle appartenait à Muang Khoua ; vers le nord, à Muang La. La barque remonta le courant — sans pagayeur. Le Pha Singkham était pour Muang La.

Le cortège se mit en route vers le nord. Mais à mi-chemin, au pied du mont Phou Khao Khouay — la « Montagne du Buffle » — les porteurs s’effondrèrent d’épuisement. Impossible de faire un pas de plus. Le devin consulté trancha : c’était là que le Pha Singkham voulait demeurer, à la confluence du Nam La et du Nam Park. Ce col est encore aujourd’hui appelé Kiew Id, le « Col de l’Épuisement ».

Le temple de Phou Khao Khouay à Muang La

Un abri de bois et de chaume fut d’abord construit au sommet du Phou Khao Khouay pour protéger la statue. Peu à peu, une vraie pagode prit forme, construite dans le style architectural des peuples Leu. En l’an 2000 du calendrier bouddhiste (1457 de l’ère chrétienne), les villageois érigèrent une première salle de culte en pierre, avec un tunnel central pour abriter le Pha Singkham.

Le temple connut des destructions terribles durant les guerres du 20ème siècle. Pendant plus de vingt ans, le Pha Singkham fut caché dans une grotte pour le protéger des bombardements américains. Après la libération du pays en 1975, il fut soigneusement restauré et remis à sa place. Des travaux de reconstruction s’étalèrent de 1987 à 2005, avec la participation de généreux donateurs laotiens et de la diaspora, dont le vice-Premier ministre Somsavath Lensavat qui contribua à lui seul 40 millions de kip.

Aujourd’hui, le temple Phachao Singkham Xayaram trône sur le mont Phou Khao Khouay, à 28 km du chef-lieu d’Oudomxay, là où les rivières Nam La et Nam Park se rejoignent. C’est un lieu de pèlerinage majeur pour les habitants d’Oudomxay et des bassins du Nam Ou et du Nam Park.

Les miracles du Pha Singkham

La légende du Pha Singkham est jalonnée de prodiges. Pendant le règne du roi Ounkham, des envahisseurs Cheungs tentèrent de profaner le temple : une tempête s’abattit soudainement, des arbres s’écroulèrent sur eux. Durant la guerre du Vietnam, des avions américains prirent le temple pour cible — les bombes ne l’atteignirent pas. Les habitants de Muang La racontent aussi que certains soirs de pleine lune, la statue disparaissait du temple pour rejoindre la grotte de Houay Lee, gardée par les Naga, avant de réapparaître à l’aube.

Encore aujourd’hui, les fidèles viennent de toute la région pour demander la protection du Pha Singkham en cas de maladie ou d’épreuve, rédigeant des vœux sur des feuilles de papier qu’ils déposent devant la statue.

Comment visiter Muang La depuis Luang Prabang ou Oudomxay

Muang La est une petite ville paisible située en pleine nature, sur les rives du Nam Park, à 28 km au sud-est d’Oudomxay. Le trajet depuis Luang Prabang prend environ 3h30 à 4h en voiture en longeant le fleuve Nam Ou — un itinéraire en soi magnifique. Depuis Vientiane, comptez une journée de route ou un vol vers Oudomxay (1h environ).

Muang La est surtout connue pour son resort de luxe au bord de la rivière, ses sources chaudes naturelles et ses treks dans les villages Khmu des environs — les descendants directs des sept familles qui sortirent le Pha Singkham des eaux. Le temple est ouvert à la visite toute l’année ; la grande fête annuelle a lieu lors de la pleine lune du 10ème mois du calendrier lao.

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Pour aller plus loin

Si votre voyage vous amène dans le Nord Laos, combinez la visite du temple Pha Singkham avec les incontournables de la région. Voici quelques lectures utiles : Trek dans les villages des minorités ethniques · Nong Khiaw et Muang Ngoi · Comprendre le bouddhisme au Laos · Circuits Nord Laos hors des sentiers battus.