Elle est le premier repère que cherche l’œil en arrivant à Luang Prabang : une colline verte dressée en plein cœur de la presqu’île, coiffée d’un petit stupa doré qui accroche la lumière du matin au soir. Le mont Phousi — « la montagne sacrée » — sépare le Mékong de la Nam Khane et veille sur la ville classée à l’UNESCO. Gravir ses 328 marches est sans doute le rite de passage de tout voyageur au Laos. Mais le Phousi ne se résume pas à son panorama : c’est un concentré d’histoire, de légendes et de vie religieuse. Suivez le guide.

328 marches vers le ciel

L’ascension classique commence sur la grand-rue, juste en face de l’entrée du Palais Royal. L’escalier principal, construit en 1936-37, aligne exactement 328 marches à l’ombre des frangipaniers. Comptez une quinzaine de minutes de montée tranquille — et prévoyez de l’eau : sous le soleil lao, la colline se mérite. Le Phousi n’est d’ailleurs pas qu’un escalier : c’est aussi un lieu de promenades ombragées, d’où part la pittoresque petite route en corniche qui surplombe la Nam Khane, de Vat Aphay à Vat Pak Khane.

Vat Pa Houak, le gardien discret du pied de la colline

Avant de monter, poussez la porte du petit Vat Pa Houak, « le monastère de la forêt de bambous », bâti au pied de l’escalier. Édifié en 1861 sous le règne du roi Tiantha, il est construit dans le style de Vientiane : pignon doré sur fond bleu centré sur l’éléphant tricéphale, piliers octogonaux blancs, encadrements de portes au décor floral d’une richesse rare. À l’intérieur, des fresques racontent le miracle de Jamboupati, au cours duquel le Bouddha apparut en « Bouddha-Roi-du-Monde » pour humilier un prince trop orgueilleux — c’est l’origine des représentations du « Bouddha paré », revêtu des insignes de la royauté et non de la robe monastique. Depuis 1945, le sanctuaire abrite une bibliothèque de manuscrits anciens.

That Chomsi, le phare doré de Luang Prabang

Au sommet, le That Chomsi domine toute la plaine. Construit en 1804 par le roi Anourouth et restauré en 1914, il présente une particularité unique : sa base est rectangulaire et non carrée comme tous les autres that du Laos — une adaptation à la forme du relief au sommet. Juste à côté, le petit sanctuaire cruciforme de Vat Chom Si, agrandi en 1796, a été restauré entre les deux guerres par l’École française d’Extrême-Orient. Les édifices du sommet ont été entièrement rénovés en 1962 : leur intérêt archéologique est modeste, mais personne ne monte au Phousi pour l’archéologie…

La plus belle vue du Laos ?

… On y monte pour la vue, et quelle vue : du sommet, Luang Prabang apparaît littéralement enfouie dans la verdure, une vision quasi aérienne de la presqu’île. Au nord-ouest, le Palais Royal dessine sa croix surmontée d’un clocheton d’inspiration khmère ; tout autour, le Mékong et la Nam Khane enserrent la ville de leurs eaux couleur de terre, et les montagnes bleues ferment l’horizon. Au coucher du soleil, le spectacle est légendaire — et couru : pour savourer le panorama en paix, nos guides préfèrent la fin de matinée, ou le lever du jour après l’aumône des moines. Notre guide des saisons au Laos vous aidera à choisir la lumière.

Pimai : quand la divinité de l’année descend du Phousi

Le Phousi est aussi le théâtre de l’un des plus beaux moments du Nouvel An lao : le soir du dernier jour de Pimai, la procession de Nang Sang Khan, divinité tutélaire de l’année nouvelle, s’ébranle depuis Vat Chom Si. Escortée du Naga protecteur de la ville et de centaines de lanternes, la jeune fille qui incarne la divinité descend du sommet comme au milieu d’un long ruban de feu, vers les jardins du Palais Royal. La soirée s’achevait jadis par des scènes du Ramayana dansées dans la plus pure tradition lao — et la légende veut que la jeune fille qui incarne Nang Sita se marie dans l’année…

Vat Tham Phousi, le monastère de la grotte

Sur le flanc sud de la colline, côté Nam Khane, un sentier venant de Vat Chom Si mène à Vat Tham Phousi, « le monastère de la grotte du Phousi ». Le sanctuaire est bâti sous une immense plaque de grès inclinée à 45° formant une grotte naturelle. Fait rarissime dans l’iconographie lao, l’image principale n’y est pas le Bouddha mais un Phra Ka Chay — un bouddha « ventru » de briques stuquées et dorées, œuvre du Vénérable Houmphèng (1962). De là, un escalier orné d’une rampe en forme de Naga, reconstruit en 1965 par les élèves du lycée de la ville, redescend vers la rue qui longe la Nam Khane : c’est notre itinéraire de descente préféré, à l’écart de la foule.

Nos conseils pour la visite

  • Montez tôt (avant 9 h) ou en fin d’après-midi hors saison sèche : la lumière est belle et la chaleur supportable.
  • Faites une boucle : montée face au Palais Royal, descente par l’escalier des Naga côté Nam Khane, puis retour par la route en corniche.
  • Combinez la visite avec le Musée du Palais Royal et le Phra Bang juste en face, puis le Vat Xieng Thong à la pointe de la presqu’île — notre guide des temples de Luang Prabang vous donne l’itinéraire complet.

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